Axe 1 : Architecture des territoires : Transports, formes urbaines, environnement - Histoire et prospective

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Antériorité

L’axe « Architecture des territoires » a été construit sur la rencontre de deux approches développées le plus souvent de manière plutôt distincte. Ont ainsi été réunis des porteurs de travaux réalisés dans une perspective de projet architectural ou urbain sur les transports métropolitains et des auteurs d’études historiques sur la ville abordée notamment sous l’angle des infrastructures de transports : canaux, chemins de fer, grands axes routiers. Ces derniers travaux portent aussi bien sur la ville historique dense et consolidée et sa transformation que sur des territoires périphériques souvent en rapide mutation. À l’origine de la création de l’axe était l’idée que nos compétences en matière d’analyses spatiales et historiques nous permettraient, en tant que laboratoires de recherche architecturale, de contribuer à un renouvellement des approches. En effet, les évolutions actuelles de notre environnement – crises climatique et énergétique, urbanisation diffuse – appellent des approches intégrées, d’autres pratiques et le dépassement  d’une sectorisation qui a longtemps marqué les métiers de l’aménagement urbain et des transports.

Objectifs scientifiques

L’axe s’inscrit avant tout dans une perspective multidisciplinaire. Celle-ci est l’héritière de la démarche construite depuis plusieurs décennies par des chercheurs qui ont souvent une double formation : architectes ayant des thèses en histoire, en sociologie, ou en urbanisme et aménagement, mais aussi historiens et sociologues venus à l’enseignement et à la recherche en école d’architecture. Elle réunit ainsi :

  • un regard sur la production de la ville ancré dans les problématiques propres à l’architecture (formes bâties, densités, programmes, espaces  ouverts) notamment dans sa dimension opérationnelle ;
  • l’histoire architecturale et urbaine du XVIIIe au XXIe siècle ;
  • la notion de paysage comme nouveau paradigme de l’analyse urbaine et environnementale, aussi bien en tant que lecture que de projet de territoire ;
  • des approches prospectives entendues comme réflexion sur la ville du futur et sur les formes spatiales d’un développement urbain durable.

L’axe entend en effet faire bénéficier la réflexion sur la ville contemporaine de travaux traitant de l’histoire des villes françaises, européennes, coloniales et nord-américaines depuis le XVIIIe siècle. Plusieurs chercheurs s’intéressent à la période 1750-1850, souvent sous forme d’études de cas se nourrissant de travaux d’historiens de l’urbain, des techniques et de l’industrie ; celles-ci ont fait apparaître des continuités inattendues entre la ville du XVIIIe et celle du XIXe (formes de lotissement, démarches d’embellissement, d’extension…). D’autres travaux concernent le contexte actuel, des opérations récentes en Amérique du Nord, en Europe ou en France (La Défense, les villes nouvelles franciliennes), mais abordées avec les outils de l’analyse historique.

Par ailleurs, la considération du long terme est toujours plus requise par les explorations prospectives sur les formes d’un développement urbain durable. Ainsi, à côté des thématiques « transports » et « formes urbaines », le pôle « environnement » prolonge des travaux jusqu’alors abordés sous la thématique du « développement soutenable ». Le changement de vocable signale l’ouverture sur des approches de projet qui agissent sur l’existant en connaissance de son épaisseur historique et culturelle ; des approches aussi en termes de « paysage », conçu comme porteur de la mémoire du territoire, à la fois objet d’une géohistoire de l’occupation humaine et support de nouvelles figures de projet.

Transports

Une conception de la mobilité en termes de flux et une idée des infrastructures de transport axée sur la seule fonction de circulation s’est imposée pendant le XXe siècle en cohérence avec la priorité accordée au mode automobile. Le développement durable et la crise énergétique remettent radicalement en cause le système automobile et la croissance urbaine associée à ce mode de déplacement, mais ne participent pas seuls au renouvellement des conditions des projets. Ainsi, le rôle croissant des transports ferroviaires ou par voies d’eau conduit à s’interroger sur leur rôle dans la structuration des territoires. Dans les villes européennes, le réemploi fréquent d’infrastructures héritées pose des questions de gestion des réseaux existants et d’évolution des usages associés. L’étude des formes spatiales d’une mobilité durable privilégiant les transports collectifs et les déplacements non mécanisés appelle alors à une meilleure connaissance des relations entre infrastructures et territoires, entre pratiques spatiales et offre de transport.

Il s’agit ainsi de contribuer à intégrer une dimension physique et spatiale à des approches parfois abstraites, économétriques, qui peuvent prédominer dans les recherches sur les transports. Notre action en ce sens prend plusieurs formes. Notre participation à des programmes de recherches publiques (MCC, Puca, Predit…) peut comprendre des missions d’expertise, alors que l’organisation de colloques et de séminaires et l’encadrement de thèses et de mémoires de recherche contribuent à l’évolution des cadres épistémologiques structurant notre appréhension de ces champs.

Formes urbaines

Il semble aujourd’hui utile de remettre en perspective une notion qui a innervé la recherche architecturale sur la ville dès les années 1970, la « forme urbaine ».

Nous interrogeons la notion même de « forme urbaine » selon une double logique. Il s’agit d’abord de poser la question de la spécificité de la recherche urbaine au sein des écoles d’architecture. L’un des traits les plus marquants de celle-ci a été le recours à la « forme urbaine ».  Or le terme de morphogénèse jouit à nouveau d’un certain succès. Il nous paraît pertinent donc de revenir sur ce que la notion de « forme urbaine » sous-tend en matière de problématique et de méthodologie. Cette démarche comporte une approche réflexive vis-à-vis de l’héritage d’une recherche urbaine développée au sein des écoles d’architecture depuis plus de trente ans, dans le sillage des travaux d’architectes italiens et en référence à des travaux géographiques anglais et français. Ce retour engage la réévaluation d’un corpus qui a amplement alimenté la pratique de professionnels de la maîtrise d’œuvre urbaine comme de l’aménagement. On se demandera comment la démarche « morphologique » a pu être interprétée au-delà de notre discipline et de nos frontières et en quoi on assiste à son renouvellement à travers les travaux sur la ville diffuse et sur la considération de grands territoires.

Environnement

Les périmètres et les méthodes de toutes les disciplines liées à l’aménagement de l’espace évoluent avec la complexification des problématiques environnementales, non réductibles à un seul domaine d’appartenance mais appelant des savoirs et des compétences croisés.

L’interrogation sur les futurs urbains doit relever un second défi qui consiste à travailler sur l’existant. En effet, les projets de transformations urbaines  dans les villes européennes et américaines se réalisent désormais de façon partielle et ponctuelle ; ils portent majoritairement sur des territoires déjà urbanisés et irrigués par des réseaux déjà en place ; les projets les plus ambitieux ne modifient qu’à la marge les systèmes urbains. La notion d’environnement désigne ici une condition du projet et de la réflexion sur la ville aux antipodes des hypothèses de table rase, une notion qui demande une attention renouvelée au temps long des transformations urbaines et aux résistances de territoires qui ne sont pas infiniment malléables.

La recherche architecturale participe ainsi à l’élaboration d’hypothèses  de développement urbain face à l’épuisement annoncé de la plupart des ressources énergétiques fossiles, le spectre des changements climatiques, les tensions entre usages concurrents des terres et des espaces, la raréfaction et la dégradation des ressources naturelles. À la faveur de la création du labex « Futurs Urbains » et du rapprochement encouragé avec des chercheurs des sciences de la terre et des spécialistes des questions environnementales, nous poursuivons le dialogue entre disciplines et le développement de recherches associant des membres de différentes UMR, notamment au sein du COMUÉ Paris-Est.

Chercheurs en architecture et en sciences de l’environnement peuvent ainsi partager certains des mêmes problématiques et concepts, comme celui du métabolisme, pour décrire l’organisation spatiale du vivant. Des programmes de recherche sur le développement durable mobilisent ainsi plusieurs chercheurs de l’axe : « Ignis mutat res, Penser l’architecture, la ville et les paysages au prisme de l’énergie » du MCC par exemple, l’ANR « Villes et bâtiments durables » autour du projet « FRUGAL, Formes Rurales de l’Urbain Généralisé », qui s’attache aux territoires de faible densité en France métropolitaine, ou encore le programme Efficacity.

Terrains

Ces trois thèmes – transports, formes urbaines, environnement – sont étudiés sur des terrains qui peuvent se recouper. L’agglomération parisienne est privilégiée du fait du patrimoine d’études sur l’histoire de la capitale réalisées par les chercheurs de l’UMR, de sa proximité géographique, mais aussi institutionnelle (acteurs de l’aménagement) ; cela se traduit dans une mobilisation forte des chercheurs de l’UMR dans des appels d’offre de recherche mais aussi par leur participation au débat sur le futur de la région métropolitaine, aux colloques et ateliers organisés par les collectivités locales et les instituts d’étude parisien ou franciliens.

Les études sur Paris se poursuivent en lien étroit avec le débat sur le futur de la région francilienne relancé notamment à l’occasion de la consultation internationale sur le Grand Paris  introduisant le thème de la « métropolisation ». Les membres de l’UMR ont participé à trois des dix équipes retenues pour la consultation internationale « Le grand pari de l’agglomération parisienne » puis aux travaux de l’Atelier International du Grand Paris. Les travaux actuels s’appuient alors sur un héritage, plusieurs dynamiques existantes et sur des projets. La réflexion s’inscrit ainsi dans une réflexion qui porte sur le très long terme et la mise en perspective des débats actuels.

Au-delà de la participation à de nombreux programmes de recherche nationaux, la réflexion sur le futur de l’agglomération parisienne s’est prolongée au sein des laboratoires ACS et de l’Ipraus. Le laboratoire ACS a intégré une équipe lauréate de l’appel d’offre de l’ANR « Espace et territoire : les énigmes spatiales de la vie en société ».

On observe aussi l’émergence de thèmes spécifiques : les conséquences des nouvelles infrastructures de transports en territoire périurbain, le devenir des territoires de faible densité ; la construction de l’espace francilien des points de vue institutionnels et opérationnels.

Nos travaux touchent aussi à d’autres terrains : français d’un côté (autres grandes agglomérations, villes moyennes) ; étrangers de l’autre, dont la meilleure connaissance contribue à éclairer le cas parisien, telles d’autres métropoles européennes, américaines ou asiatiques en lien avec les travaux de l’Axe « Architecture et Villes de l’Asie contemporaine ».

Liens avec l’enseignement

Les activités de l’axe  nourrissent l’enseignement des cycles Master et post-Master de l’ensemble des quatre ENSA représentées dans l’UMR : Paris-Belleville, Paris – Malaquais, Paris – la Villette et Marne-la-Vallée. Elles marquent particulièrement la formation  post-master du DSA « Architecture et projet urbain » dispensé à l’ENSAPB et le Master européen « Urban planning » qui associe plusieurs  laboratoires du Labex « Futurs urbains » (avec, pour Paris-Est l’IUP et l’IFU et deux institutions européennes, Hafencity à Hambourg en Allemagne  et le Politecnico di Milano en Italie).

Deux autres  formations de 3e cycle de l’Ensa de Paris -Belleville, les DSA Architecture et Risques majeurs, Architecture et patrimoine, ainsi que le DSA d’architecte-urbaniste de l’Ensa de Marne la Vallée, proposent des spécialisations en relation forte avec les thématiques de l’axe sur des enjeux cruciaux du projet pour la ville contemporaine et du développement urbain durable.

Nos travaux nourrissent aussi les formations à la recherche organisées dans le cadre du DPEA post-Master Recherche en Architecture de l’ENSA Paris - la Villette.

L’un de nos objectifs pour le prochain quadriennal est de renforcer l’articulation entre recherche et formation par la participation des enseignants et des étudiants aux travaux de l’UMR, mais aussi en resserrant les liens entre recherche, enseignements théoriques et du projet et pratiques professionnelles. Les DSA et DPEA représentent en effet d’excellents relais de la recherche avec la pédagogie et la réflexion sur les pratiques opérationnelles.