Axe 5 : Architectures du temps présent : médiatisations et concrétisations

Recherches en cours

Responsables

Composition de l’équipe 

Chercheurs et doctorants membres de l’UMR AUSSser : Luc Baboulet, Pierre Bourlier, Pierre Chabard, Isabelle Chesneau, Jean-Louis Cohen, Stéphanie Dadour, Anne Debarre, Valéry Didelon, Maxime Decommer, Lionel Engrand, Federico Ferrari, Paul Landauer, Pauline Lefort, Thierry Mandoul, Caroline Maniaque, Sébastien Marot, Guillemette Morel Journel, Soline Nivet, Clément Orillard, Juliette Pommier, Jean-Louis Violeau.

Chercheurs originaires d’autres laboratoires s’étant déclarés intéressés par cet axe : Catherine Blain, Pierre Hyppolitte, Anne Kockelkorn, Véronique Patteuw, Emmanuel Rubio, Catherine de Smet, Léa-Catherine Szacka, Frédérique Villemur.

Objet

A l’heure du bilan du programme quadriennal 2010-1014, nous avons constaté la convergence de problématiques issues de plusieurs axes de l’UMR (l’axe « Architecture de l’habitat » ; l’axe « Architecture : diffusion, transmission, enseignement ») et de thématiques de recherche développées dans d’autres laboratoires. Ces travaux se fondent sur des objets partagés dans le temps et dans l’espace : des années 1960 à nos jours, dans les pays dits développés, nous nous focalisons sur les idées, les projets et les réalisations architecturales et urbaines.

Il s’agit de construire une interrogation sur la postmodernité en architecture envisagée dans un contexte élargi : politique, économique, social et culturel. Nous proposons donc, pour le programme quadri-annuel 2014-2018, la création de l’axe « Architectures du temps présent : médiatisations et concrétisations ». Cet axe définit un terrain commun de travail autour de la notion d’après-modernité en architecture, tant au niveau théorique que pratique, et aux échelles architecturale et urbaine. La complexité et la multiplicité des définitions du « postmoderne », à la fois concept et période (l’après 1960), nous amènent à réfléchir autant sur les formes construites que sur les idées, les enseignements ou les postures. Les questions abordées concernent le rapport à l’histoire, l’architecture de la ville ou encore l’héritage moderne. Elles intègrent les spécificités de l’histoire du temps présent, en termes de méthodes et de sources, mais aussi de regard. Elles nous conduisent enfin à nous interroger sur la validité certaines catégories pré-construites, en premier lieu celles qui sont précédées d’un néo, d’un pré ou d’un post : les présocratiques ignoraient la venue de Socrate, et les néo-platoniciens se sont tous simplement dénommés platoniciens à leur naissance, ne devenant « néo » qu’après-coup. Que dire alors des néo-modernes ? Et des post…

Mots-clés : acteurs et institutions ; champ ; critique ; développement durable ; discipline ; discours ; écrits ; histoire du temps présent ; immobilier (marché) ;  médiatisation ;  espaces bâtis ;  oralité ; postmodernismes ; profession ; sociohistoire ; style ; théorie et pratique ; villes nouvelles.

Etat de l’art, spécificité de notre positionnement, problématique

L’objet (l’architecture en général et le logement en particulier), le terrain (les territoires suburbains et les villes nouvelles, où « l’urbain » a été souvent conçu sur le mode de l’échantillon), ainsi que la période (des années 1960 à nos jours) envisagés, convoquent un point de vue croisant sociohistoire, histoire des idées et histoire critique de l’architecture.

Pour emprunter un terme que Marc Bloch utilise dans son Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien, nous souhaitons travailler suivant une démarche généalogique et régressive : comprendre le passé par le présent, et inversement. Il s’agit de trouver un équilibre entre l’approche de ce qui s’est passé et, sous le désordre apparent des faits, le sens des pratiques et des usages dans la durée. Plutôt qu’une description des évolutions ou un récit des origines et du devenir – une histoire du progrès, ambitieuse mais dangereuse –, nous souhaitons mener une histoire des transformations successives. L’histoire est alors vue comme l’analyse des transformations successives d’un bâtiment – ou d’un quartier lorsqu’un bâtiment prétend, par sa dimension, refondre un quartier tout entier. Cherchant à « dé-fataliser » le passé, ce travail s’inscrit également dans la perspective des questionnements et avancées de la réflexion autour du Grand Paris.

Nous nous attacherons à prendre en compte l’efficacité des théories et doctrines, même si elles ne sont pas unifiées – des écrits de Venturi et Scott-Brown à ceux de Jencks, en passant par Portoghesi et Krier. Mais contrairement au réflexe de rupture avec le sens commun, nous ne dissocierons pas savoirs savants et savoirs profanes, nous chercherons à comprendre comment ils ont interféré.

Par ailleurs, notre projet s’inscrit dans un champ émergent pour la recherche architecturale : les médiatisations (enseignement, publications, expositions)  comme clé d’entrée dans la compréhension du milieu architectural dans une double dimension, disciplinaire et professionnelle. Ces actions rejoignent le questionnement lié au temps présent au travers d’un objet commun : le discours, dans ses rapports à la doctrine comme à la pratique – les concrétisations, entendues à la fois comme résultats et comme processus de passage de l’abstrait au concret (bâtiments, projets urbains).

Ce questionnement se trouve nourri et décliné dans les séminaires de master et ateliers de projet organisés par plusieurs membres de l’UMR dans les écoles nationales supérieures d’architecture de Paris-Belleville, Paris-Malaquais, Paris-La Villette, Paris Val-de-Seine, Marne-la-Vallée, Grenoble. Il se retrouve également dans de nombreux sujets de projets de fin d’études (PFE), de mémoires de master 2, de thèses de doctorat.

A l’occasion d’expositions, d’études et de colloques, des collaborations sont établies avec d’autres formations supérieures ou établissements de recherche, ainsi que des organismes publics (pavillon de l’Arsenal, collectivités locales, CAUE…).

Objets, corpus et méthodes

On l’a vu, l’originalité de l’axe de recherche réside en partie dans la période et l’aire géographique auxquelles il s’attache : les années de l’« après-modernité » (concept qui reste à clarifier et que nous envisageons dans une acception très large), soit postérieures à 1960, en Occident. Bien entendu, cette période et ce lieu sont informés par des perspectives chronologiques antérieures et les contextes internationaux. Le fonctionnalisme n’avait su « communiquer » que sur l’efficacité, et après la crise de 73, c’était un peu court : on comprend aisément pourquoi l’étiquette « post-moderne » s’est révélée aussi fédératrice quelques années durant.

Il s’agit donc de comprendre « discipline » et « profession » à travers les discours, mais aussi à travers les bâtiments et aménagements construits. Des mots aux réalisations, ce processus de concrétisation est entendu depuis la politique de la ville, la programmation, la conception, la construction jusqu’à la réception et aux effets de cette dernière sur les premiers.

Les objets de recherche de cet axe peuvent être regroupés autour de trois principaux points de vue disciplinaires :

  •  Le premier met l’accent sur la compréhension des théories et doctrines : c’est une histoire des idées architecturales, abordées au travers de leurs médiatisations, à l’image de l’enseignement.
  •  Le deuxième s’attache à la compréhension du milieu professionnel : c’est une sociohistoire de l’architecture, qu’illustrent notamment les trajectoires d’acteurs.
  •  Le troisième tente de construire une histoire de l’architecture du temps présent, partant des réalisations matérielles telles qu’elles existent dans le temps et l’espace, pour revenir sur les discours qui les sous-tendent.

Sous l’angle de l’histoire des idées sont abordées les thématiques suivantes :

  • Généalogie des discours pédagogiques, institutionnels, professionnels, critiques, doctrinaux (de la charte d’Athènes au New urbanism) ;
  • Renouvellement des corpus de références et incorporation d’ensembles bâtis jusqu’ici considérés comme de « mauvais exemples » par la communauté des architectes. On pense en particulier à l’écart parfois significatif entre la réception d’opérations oubliées par la critique mais plébiscitées par leurs habitants – et vice-versa.
  • Intertextualités, échanges, transferts culturels, interdisciplinaires et internationaux.

Sous l’angle de la sociohistoire de l’architecture, nous distinguons les trois pistes suivantes :

  • Acteurs, institutions, scènes ;
  • Médiatisation, réception et modalités de reconnaissance ;
  • Evolutions sociales et nouveaux types de demande et de commande (par exemple l’habitat des loisirs).

Sous l’angle  de l’analyse et de la critique des projets et réalisations, nous aborderons les points suivants :

  • Programmes spécifiques de la post-modernité : villes nouvelles, espaces publics, équipements de loisirs, construire sur le construit (obsolescence, notamment d’un produit phare de la seconde modernité, les grands ensembles) ;
  • Style(s) / « Interarchitecturalité », citations et influence de la sémiologie ;
  • Modes d’intégration des inflexions successives des programmes et thématiques de recherche issus des sciences humaines ;
  • Prise en compte de la question environnementale.

Corpus et méthodes

Le corpus intègre des discours en prise plus ou moins directe avec le réel.  A chaque type de corpus correspond, comme il se doit, une ou des méthodes d’approche et des outils spécifiques.

Les objets analysés sont donc de natures fort diverses :

  • Projets et réalisations architecturales et urbaines (du document au bâtiment : diplômes, travaux d’étudiants, réalisations, en passant par les différentes phases de projet) ;
  • Ecrits académiques : de l’imprimé (manuels, manifestes, traités, revues, lettres aux jeunes architectes, etc.) aux notes de cours, mémoires (publiés ou non) ;
  • Ecrits professionnels : littérature grise, documents de promotion immobilière, réglementations ;
  • Retranscriptions d’entretiens.

Les matériaux sur lesquels nous travaillons procèdent aussi bien de fonds constitués que de sources à découvrir et à construire. Pour les fonds constitués : des archives publiques et privées déjà identifiées. Pour les sources nouvelles : arcjives!e| paroles à recueillir ; visites et analyses in situ d’édifices et d’espaces urbains sous l’angle de leur réappropriation et de leur transformation ; corpus cinématographiques et iconographiques récents : représentation des nouvelles urbanités dans les films, les séries TV, les publicités.

Certaines méthodes d’analyse et de recueil de ces sources sont spécifiques de notre UMR, telles que l’analyse spatiale in situ, l’analyse graphique et iconographique, la recherche-action.

Projets collectifs pour 2014-2018

4 propositions pour des journées d’études

Au fil de ces 4 propositions de journées d’études, nous questionnerons l’intitulé architectures du temps présent sur ses deux versants : le style et la période, post-modernisme et post-modernité. Car il est bien entendu que si l’on peut parler à juste titre d’un style (post-moderniste) pour en être sorti désormais, cela ne signifie en rien que nous ayons quitté la période (post-moderne). Autrement dit, il s’agit de parler autant de l’objet architecture que de l’état de la société au sein duquel celui-ci s’inscrit.

De là, nous proposons 4 pistes de travail :

Pierre Chabard / Federico Ferrari : Le populisme esthétique et l’image architecturale comme outil politique. La construction d’un récit comme « forme » majeure de l’architecture « postmoderne » [esthétique]

Anne Debarre / Stéphanie Dadour : Les dimensions de l’architecture : outils, méthodes, notions et approches actuelles de la recherche architecturale et urbaine [épistémologie]

Soline Nivet / Lionel Engrand : ARCHITECTURES DU TEMPS PRESENT // TOURISME [édifices et programmes]

Guillemette Morel-Journel / Juliette Pommier : (re)lire les postmodernités : 1965-1985 [publications et supports éditoriaux]

On peut bien entendu à loisir ajouter le qualificatif « post-moderne », au pluriel ou au singulier comme on veut, à chacun de ces quatre grands champs [esthétique, épistémologie, édifices et programmes, publications et supports éditoriaux] issus autant de questions disciplinaires que d'objets spécifiques qui se distinguent d'ores et déjà.

Il s’agit d’ouvrir ensuite ces journées à l’éventail de chercheurs le plus large possible, soit par le biais d’appels à contributions, ou encore en suivant un panel d’invités pressentis.

Par « journée d’étude », nous avons pensé à une séance de travail où prévaut l’échange plutôt que l’exposé magistral tempéré (puisqu’il a toujours tendance à revenir au galop) par, au choix ou simultanément :

  • l’expression conjointe de duos de personnalités d’origines disciplinaires différentes,
  • un calibrage des exposés plus souple et ouvert (45 minutes) que les 20 minutes traditionnelles sur lesquelles chacun déborde immanquablement,
  • des interventions « ciblées » et suscitées au préalable parmi le public assistant à la journée (parmi lesquels des doctorants ou même des étudiants de master).

À moyenne échéance (un semestre à une année), nous souhaiterions organiser un colloque permettant de synthétiser l’apport préalable issu de ces journées successives.

Nous envisageons aussi d’autres modes de valorisation, en premier lieu des publications, sous diverses formes, et en particulier une anthologie de textes fondateurs et plus ou moins canoniques, genre très prisé dans le monde anglo-saxon mais qui fait cruellement défaut en langue française.