Des pensées du décentrement au pragmatisme : la question de l’identité dans l’espace domestique (Amérique du Nord, 1988-2008)

Thèse soutenue
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Mardi 14 Mai 2013

Thèse soutenue le 24 mai 2013 : Docteur en Architecture, Université Paris-Est, ED "Villes, Transport et Territoire", sous la direction de Monique Eleb

Laboratoire d’accueil : ACS XIXe-XXIe s. (ENSA Paris-Malaquais)

Titre : « Des pensées du décentrement au pragmatisme : la question de l’identité dans l’espace domestique (Amérique du Nord, 1988-2008) »

Résumé

Aux États-Unis et au Canada, depuis le retour des vétérans de la Seconde Guerre mondiale, le domaine de l’habitation se privatise de plus en plus. L’accession à la propriété est à la base du Rêve américain et se matérialise à travers la maison individuelle. Petit à petit, l’architecture domestique est délaissée. Durant les années 1980, elle disparaît de nombreux cursus universitaires, de plusieurs revues, des débats et globalement des intérêts des architectes. L’importance accordée aux maisons privées est secondaire et les commandes de projets d’habitations publiques sont peu nombreuses sous le mandat de Ronald Reagan.

En revanche, à partir des années 1990 les architectes s’intéressent aux espaces domestiques et ce, dans deux types de production : tout d’abord dans les recueils d’articles, très répandus à cette période, puis dans le cadre de nombreuses expositions, notamment à travers des architectures de papier. Étant donné la nature de ces productions, principalement écrites ou sur papier, ce sont les professeurs, les historiens, les théoriciens et les praticiens revendiquant une posture intellectuelle qui y participent. Dans le prolongement des mouvements estudiantins et des identity politics des années 1960, ce sont les pensées du décentrage que s’approprient ces architectes, à travers notamment les notions de genre, de sexualité et de race. Par la critique de la normalisation et de l’hégémonie de l’homme-blanc-hétérosexuel-de-la-classe-moyenne, figure idéale des représentations du Rêve américain, ils cherchent ainsi à bouleverser et à relativiser les perspectives, à remettre en question leurs propres références qui apparaissaient a priori universelles et canoniques.

Ce n’est qu’au tournant des années 2000, notamment au lendemain du 11 Septembre que les architectes praticiens sont sollicités à nouveau pour concevoir des projets d’habitations dans le cadre de partenariats privés-publics, principalement des groupes composés de minorités ethniques, les communities. L’enjeu principal de nombreux projets d’habitations tourne autour des rapports de solidarité et de ségrégation. Les architectes revendiquent l’importance d’une pratique architecturale pragmatique et se positionne à l’encontre d’une intellectualisation de la discipline.

Bien plus qu’un intérêt pour les espaces domestiques, ces deux périodes rendent compte de l’émergence de la question de l’identité comme le référentiel et l’enjeu à travers lesquels les architectes pensent l’architecture domestique. Cette identité anime le discours des architectes et mobilise leurs productions. Si le point de départ de cette recherche était l’intérêt pour les liens entre espaces domestiques nord-américains et société dans la deuxième moitié du XXème siècle, il s’est avéré que ce n’est qu’au début des années 1990 que l’architecture domestique (ré)apparaît en architecture. C’est parce que la question de l’identité est mobilisée selon une approche théorique (dans le sens anglo-saxon) que l’architecture domestique refait surface.

Dans cette perspective, l’architecture domestique est un sujet d’architecture parmi d’autres et non plus l’objet de la recherche. Ce travail de thèse cherche dès lors à répondre à la question suivante « À partir des années 1990, dans quelle mesure la question de l’identité donne-t-elle à lire et actualise-t-elle un état du champ architectural nord-américain ? ». Trois niveaux d’analyses permettent de répondre à cette question. L’analyse architecturale, dans la mesure où la forme matérielle rend compte de propriétés thématiques liées à l’identité. L’analyse sociologique de l’architecture, qui met en valeur des stratégies professionnelles (aux niveaux individuel et collectif), souvent extérieures à l’objet architectural. Elle permet de révéler les conquêtes de pouvoir et de légitimation des individus et des objets dans un rapport de dialogue permanent vis à vis des processus d’élaboration de la pensée dans le contenu des projets d’architecture domestique. Et finalement, entre épistémologie et histoire intellectuelle, il s’agit de mettre en relation la pensée des architectes dans le mouvement des idées, en mobilisant une double approche diachronique et synchronique.

Mots clefs : Rêve américain, politiques identitaires, genre, sexualité, race, pragmatisme, architecture postmoderne


From decentering concepts to pragmatism : the question of identity in domestic space (north america, 1988-2008) Stéphanie Dadour

In the United States and Canada, housing increasingly privatized after the return of the Second World War veterans. Homeownership, at the basis of the American Dream, emblematically materialized in the purchase of a single-family house. Gradually, domestic architecture was neglected the architectural field altogether. During the 1980s, it disappears from many university courses, several journals, as well as debates, and architects generally lost interest. Designing private homes is not valorized and public housing projects are limited under the mandate of Ronald Reagan.

On the other hand, in the early 1990s, the house reappears in certain architects’ writings as well as through the publication of paper architecture, especially via architectural institutions, universities, museums and magazines. Given the nature of those productions, mostly written or on paper, those are teachers, historians, theorists and practioners claiming intellectual posture. Inherited from the student movements and identity politics of the 1960s, those architects appropriate decentering concepts through the notions of gender, sexuality and race. Questions of hegemony and the cult of subjectivity manifest themselves through the critique of the white-heterosexual-middle-class-man, ideal representation of the American Dream. In doing so, they seek to overturn the canons of the architectural field, that is, questioning what legitimizes and attributes authority and truth to architecture.

It is only in the early 2000s, especially in the aftermath of Sepember 11, that practitioners’ architects are asked to design housing projects through private-public partnerships, principally ordered by minority groups known as communities. The main challenge of most housing projects revolves around relationships of solidarity and segregation. Architects claim the importance of a pragmatic architectural practice and position themselves against an intellectualization of the discipline.

More than an interest in domestic spaces, both periods reflect the emergence of the question of identity as the repository through which architects think domestic spaces. It animates architect’s discourses and mobilizes their productions. If the starting point of this research was the interest in the relationships between domestic spaces and North-American society in the second half of the twentieth century, it became clear that domestic architecture resurfacing is a direct consequence of the issue of identity being appropriated by the architectural field in the 1990s.

In this perspective, domesic architecture is a topic of architecture among others and not the object of the search. This thesis therefore seeks to answer the following question : "to what extent does the question of identity read into and update a certain domain within the North-American field of architecture ?" Three levels of analysis allow answering this question.

First, architectural analysis, to the extent that the physical form reflects thematics related to identity. Then, sociological analysis of architecture, which emphasizes strategies (on the individual and collective levels), often outside the architectural object. It reveals the conquest of power and legitimacy of individuals and objects in the ideologies behind domestic architecture. And finally, between epistemology and intellectual history, it relates architects thoughts in the movement of ideas, mobilizing a dual approach diachronic and synchronic.

Keywords : American dream, identity politics, gender, sexuality, race, pragmatism, postmodern

 

Titres universitaires

  • 2004-2006 :M.Sc Aménagement, option Histoire et Théorie, Université de Montréal, Canada
  • 2003-2006 D.E.S.S. en design d’événement, Université du Québec à Montréal, Canada

Bourses et prix obtenus dans la cadre des études doctorales

  • 2012 : Bourse du Centre Pompidou basée sur l’excellence du dossier, Mondialisation & Études Culturelles Sous la direction de Catherine Grenier
  • 2010 : Bourse de l’Université Paris Est – PRES pour le statut de chercheure invitée à l’Université Columbia
  • 2007-2010  : Bourse doctorale basée sur l’excellence du dossier, Fonds québécois de la recherche sur la société et la culture (FQRSC)

Activités de recherche et d’enseignement

2012 : Chercheure au Centre Georges Pompidou. Sous la direction de Catherine Grenier.

Depuis 2004 : Enseignement de plusieurs cours :

  • École Nationale Supérieure d’Architecture Paris Malaquais, France
  • École d’Architecture de la ville et des territoires Marne-la-Vallée, France
  • Université de Montréal, Canada
  • Université Libanaise, Liban
  • Lebanese American University, Liban
  • Notre-Dame University, Liban

Publications, conférences et colloques 2010-2012

« Les espaces domestiques à l’ère du cyberspace », Les Cahiers de la recherche architecturale et urbaine, décembre 2012

« Il fera bon y vivre, demain », Les Cahiers du MNAM, décembre 2012

« Contaminated Architectures, North American 1988-1998 » Présentation au colloque Middle-Housing in Perspective, Milan, 22-23 novembre 2012

« Just What Is It that Makes Today’s [Urban] Homes So Different, So Appealing ? Une étude des représentations des habitations urbaines (Montréal, 2006-2009) », dans Transformations des horizons urbains, Paris, l’œil d’or, 2012, pp. 331-340

« Beirut is back and it’s beautiful. On Randa Mirza’s work » ArteEast Quarterly, ArteEast, juin 2012

« Architecture won’t save the world. The Learning from method » Conférence et workshop en collaboration avec l’architecte Florian de Pous Al-Manar University of Tripoli, Liban, 10-14 mai 2012

« Redefining Vernacular : The Lebanese Diaspora Eclecticism » Article publié dans les Actes du Colloque, prix du Meilleur Article 6th International Seminar on Vernacular Settlements, Chypre, 19-21 avril 2012

« La Maison comme espace de redéfinition des conventions de l’architecture », Présentation aux Journées de l’UMR Ausser, ENSA Paris Belleville, 13 avril 2012

« Le tournant identitaire en architecture (États-Unis, 1988-1998) » Contribution retenue et présentation au séminaire doctoral Histoire et théorie de l’art : écritures et perspectives décentrées, École des hautes études en sciences sociales, 10 décembre 2011.

« A mise-en-scène of the singular or the Lebanese Diasporas heteropias », Participation au colloque 3rd Annual Middle East Studies Conference, California State University, Fresno, 7-9 octobre 2010.

« La maison du futur ou le mythe d’une entreprise culturelle contemporaine. Où en sommes-nous dans nos projections de la maison du futur ? » Contribution retenue et participation au colloque Premières Rencontres doctorales en architecture, organisé par ENSA Nantes, 9-10-11 septembre 2010.

« Redéfinir le vernaculaire : l’éclectisme de la Diaspora libanaise » Contribution retenue et participation au colloque Autour de l’étrangeté, une rencontre entre architecture et politique, organisé par Sciences Po et l’ENSA Paris Malaquais, 3-4 juin 2010.

« Of(f) the Future : planning, conception and fabrication in 20th century western architecture », Conférence sur invitation, Lebanese American University, Liban, 4 mars 2010.

« Appropriations of Domestic Spaces, Beirut, 2010 » Contribution retenue et participation au colloque Interior Lives, organisé par le Modern Interiors Research Centre, Kingston University, Londres, 13-14 mai 2010.

Évaluation et critique pour le colloque Design & Complexity, organisé par la Design Research Society, Montréal, Canada, 7-9 juillet 2010.