"L’atelier Parisien d’Urbanisme entre rénovation et forme urbaine (1967-1989). Le rôle d’une agence publique dans la transformation de l’espace urbain à Paris : le cas des Halles et du secteur de la Villette."

Thèse soutenue
Directeur de recherche : 
Co-dir. : Olmo Carlo Université Polytechnique de Turin, Italie
Equipe de recherche : 
Université : 
Année de soutenance : 
Date de la soutenance : 
Lundi 13 Avril 2015

Composition du jury

  • Pierre Pinon, professeur  honoraire, ENSA Paris-Belleville
  • Carlo Olmo, professore ordinario, Politecnico di Torino
  • Paola Vigano, professore straordinario, Istituto Universitario di Archiettura di Venezia – Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne
  • Denis Bocquet, professeur, ENSA de Strasbourg

 

Résumé de thèse 

Entre les années 1960 et 1970 en France et en Italie s’est développée une attention particulière aux traces physiques en tant que sédimentation des valeurs d’une société. Cette attention a une forte relation avec l’évolution des sciences sociales qui, surtout après mai 1968, rentrent dans les écoles d’architecture, notamment à travers les contributions d’Henri Lefebvre : c’est la période d’une vision de l’espace en tant que production sociale, miroir de la société (à travers l’analyse urbaine) et élément capable d’interagir avec elle (par le projet).

Ces sont les points de départ, distants mais pas antithétiques, qui permettent d’encadrer une étude sur les mécanismes de transformation de l’espace public à Paris entre 1974 et 1989 et notamment les relations entre les élaborations d’une culture disciplinaire (qui produira des concepts comme l’Architecture Urbaine) et le contexte politique qui a permis à ces élaborations de se transformer en chantiers.

La perspective qu’on propose s’éloigne donc de l’analyse typo-morphologique des projets, des interprétations stylistiques ou analytiques. Avec cette perspective on souhaiterait plutôt expliquer les contaminations entre projets, décisions politiques, acteurs sociaux ; contaminations qui produisent des processus qui ne sont qu’en partie miroités dans les papiers du concepteur.

Pour analyser la transformation de l’espace public sous une perspective de recherche architecturale qui ne soit pas superposée aux recherches en sociologie urbaine, géographie ou économie politique, on a identifié deux macro cas d’étude pouvant être à la fois liés aux élaborations de la culture architecturale française et connectés soit aux politiques urbaines de la ville de Paris, soit entre eux par des relations directes[i]. D’un côté, la recherche analyse l’opération des Halles centrales de Paris, notamment après l’intervention en 1974 de Valéry Giscard d’Estaing, qui, aujourd’hui, est supporté par une littérature vaste, plutôt sectorielle[ii] ou liée à la succession de projets[iii] ; et de l’autre le secteur de la Villette, théâtre d’opérations emblématiques qui ont changé le paradigme de l’espace public à Paris : le parc de la Villette et la place Stalingrad.

En reliant l’analyse des projets d’aménagement de l’espace public et le niveau des décisions politiques du Conseil de Paris et de l’Etat ainsi que les procédures de sélection de ces projets, ce qui en résulte est l’importance du rôle des organismes intermédiaires entre conception et politique, entre stratégie et projet. En tant qu’institution qui se charge de traduire une partie des élaborations de la culture architecturale en des décisions en mesure de transformer la ville, l’Atelier Parisien d’Urbanisme prend une position fondamentale dans le panorama des transformations urbaines à Paris, une position qui n’a pas encore été approfondie car elle est étroitement liée au processus de transformation et parfois uniquement implicite dans les résultats et dans les projets .

L’APUR a joué un rôle fondamental  en traduisant, à l’avantage des institutions publiques, les instances architecturales qui étaient avancées par un milieu culturel en évolution : de ce fait les instances de l’architecture urbaine, de l’attention à la morphologie de la ville pouvaient être transformées en opération sur le territoire. Un rôle qui va bien au-delà de l’encadrement urbanistique ou de la conception de plan-masse, mais qui s’explicite avec des avant-projets dans le même milieu où un bon nombre d’architectes français étaient en train de déplacer leurs intérêts : le projet architectural à l’échelle urbaine.

Au même moment la trajectoire de personnages fondamentaux pour le milieu culturelle de l’architecture française croise celle de l’APUR. Des architectes comme Henri Bernard, Louis Arretche ou Emile Aillaud ont joué des rôles importants dans les relations qu’on essaye d’établir par cette perspective de recherches, mais, plus que tout autre, la personne qui est fondamentale pour comprendre les transformations urbaines de ces années à Paris est Bernard Huet. À la fois théoricien et concepteur, lié soit au milieu des élaborations culturelles soit à l’APUR par son activité de concepteur, Huet constitue un autre des éléments principaux qui créent la liaison entre les opérations des Halles[iv] et du secteur de la Villette[v]. Si on aborde son œuvre en s’éloignant des approches théoriques, ce qui nous permet aussi de découvrir la complexité du rôle de ce personnage, devenu entre les années 1980 et 1990 un héros de la pensée architecturale sur la ville.

Un cas d’étude qui permet d’étudier le croisement des trajectoires d’élaboration culturelle avec le niveau des décisions et le rôle de l’APUR est celui de la place Stalingrad à Paris. La place, conçue et réalisée entre  1985 et 1989 n’est pas au centre d’une massive production critique mais elle fut très importante pour l’affirmation de l’Architecture Urbaine en Europe et surtout pour la diffusion d’une méthode de conception qui traduisait ces théories en construction.

 


[i]Les relation directes qu’on évoque s’explicitent dans le transfert du marché de la viande à la Villette après le départ des halles centrales pour la démolition des pavillons Baltard et successivement de l’échange des influences sur les secteur de transformation entre Ville et Etat entre 1977 et 1978.

[ii]En sont des exemples: André Fermigier - La bataille de Paris, des Halles à la pyramide, chroniques d'urbanisme, Paris, Gallimard, 1991 (pour ce qui concerne la perception de l’opération au sein de l’opinion publique) ; et  François  Serrand - Le pari des Halles de Paris, Paris, Aubin Editeur, 2001 (une analyse de tout le processus su point de vue de l’Union des Champeaux).

[iii]Les tentatives d’une synthèse générale du processus sont très rares. des publications fondamentales sur l’ensemble des projets sont: Dossier halles, in «Macadam», 15 septembre - 15 octobre 1978, pp. 3-9. Et le Dossier de la Consultation Internationale pour l’Aménagement du Quartier des Halles à Paris, de 1980.

[iv]L’activité de critique et théoricien de Bernard Huet se traduit en une série d’articles sur les Halles qui seront publiées sur l’Architecture d’Aujourd’hui pendant qu’il était rédacteur en chef et certaines d’entre eux seront signé par Huet lui-même (Bernard Huet – La revanche du cavalier Bernin, «Architecture d’Aujourd’hui», n.176, Novembre-decembre 1974, p. VII.)

[v]Bernard Huet participa avec le groupe TAU au concours pour le secteur de la Villette, organisé par l’APUR en 1976, et il est l’architecte de la place Stalingrad. Bernard Huet – Concours pour l’aménagement des anciennes halles de la Villette, en «l’Architecture d’Aujourd’hui», n. 187, octobre-novembre 1976, pp. 84-100.