Le tanji coréen. Modèles et métamorphoses d’un défi urbain

Thèse soutenue
Année de début de la thèse : 
2009
Directeur de recherche : 
Discipline: 
Architecture
Equipe de recherche : 
Université : 
Année de soutenance : 
Date de la soutenance : 
Vendredi 10 Mars 2017

Résumé de la thèse

Cette thèse est l’analyse morphologique sur la réalité urbaine (le paysage urbain) de Séoul, capitale de la Corée du Sud, concernant le grand ensemble coréen(les coréens les appellent souvent ap’at’ŭ ou ap’at’ŭ tanji , dénommé le « tanji  » par l’éminente chercheuse Mme Valérie Gelézeau. 


Le tanji n’est pas le grand ensemble français, qui a plutôt servi de modèle suburbain pour l’extension de la ville, alors qu’il a été pleinement et abondamment appliqué en Corée en tant qu’outil de la recomposition et du réaménagement urbain, lors de la modernisation du pays après la guerre coréenne entre le sud et le nord. Les grands ensembles coréens pourraient faire penser à quelques HLM à Paris, mais en réalité les tanji de Séoul sont différents : ils ont conquit la ville entière, leur quantité n’est pas comparable avec celle de Paris, et leurs effets sont beaucoup plus graves. On les voit ainsi, souvent en plein cœur de la ville. Une autre particularité de ce tanji, qui est en outre un paradoxe, c’est que ce modèle occidental, qui a d’abord été reçu comme celui de la modernisation de la ville et de l’habitat, empêche Séoul de quitter le stade de ville pré-moderne.


On peut trouver une explication à cette contradiction dans la relation entre la rue (espace public) et le tanji (espace collectif). Les tanji sont nombreux et partout dans la ville formant de grands blocs autonomes n’ouvrant aucune communication sur l’ « extérieur »  et de ce fait interrompent l’évolution de la rue et le remembrement foncier moderne. En théorie, le tanji serait l’amalgame de deux mouvances différentes de l’architecture moderne, l’une de Le Corbusier, la ville contemporaine et l’autre d’Ebenezer Howard, la cité jardin. Quelles que soient leurs échelles, elles tiennent beaucoup à la nature telle que l’espace étendu vert et l’environnement agreste. En revanche, les deux modèles n’accordent pas une grande importance au rôle social de la rue. C’est en particulier le cas avec l’unité du voisinage , concept d’urbanisme américain, qui devient une pratique à appliquer directement au tanji. Et donc en ce sens, le tanji est considéré comme communauté très fermée socialement et formellement. La continuité urbaine n’est pas assurée. D’ailleurs, au-delà des tanji, le reste de la ville ne change pas beaucoup par rapport à la structure urbaine en comparaison de l’époque pré-moderne, et demeure encore chétif et défavorisé, parce que la modernisation urbaine ne s’est faite qu’avec la production de tanji principalement par des promoteurs privés soutenus par l’Etat. Cette réalité urbaine de Séoul nous conduit à introduire le terme d’« espace intermédiaire ». Cette thèse traite de cette notion : l’espace intermédiaire du tanji existe-il ? Comment est-il conçu ? Comment fonctionne-t-il dans la réalité urbaine de Séoul ? Est-il possible de trouver une voie d’amélioration de la continuité urbaine entre les deux tendances actuelles concernant le tanji: la « résidentialisation » et le « désenclavement ».

 

 


[1] Le terme sino-coréen de tanji qui, associé à ap’at’ŭ, forme l’équivalent coréen de « grand ensemble d’appartements » se compose de deux caractères chinois : le premier (prononcé tan en coréen), signifie « sphère, masse, entourer » ; le second (prononcé chi en coréen) signifie « la terre, le sol ». Son étymologie renvoie donc bien plus à l’idée de « périmètre » ou de « terrain limité » qu’à l’idée d’espace résidentiel de masse contenue dans l’expression française de « grand ensemble »

GELEZEAU Valérie, Séoul, ville géante, cités radieuses, CNRS Editions, 2003, p.60