Les dramaturgies spatiales et politiques de l’occupation d’un sol

Thèse en cours
Année de début de la thèse : 
2016
Directeur de recherche : 
Discipline: 
Architecture
Equipe de recherche : 
Université : 

Résumé

Ce projet de recherche s'intitule « les dramaturgies spatiales et politiques de l'occupation d'un sol ». Il s'intéresse à la traduction d'un dispositif politique en dispositif spatial, des conditions de son possible exercice, tout autant que celles de sa possible déprise.

L'étude de la traduction spatiale de ce type d'injonction, autoritaire ou contestataire, consisterait à interroger la dimension structurante des dispositifs spatiaux dans les nouvelles formes contemporaines d'« occupation des sols » ; occupations dites informelles, au rang desquelles s'observent différentes typologies :

  • Les camps, bidonvilles (campements de réfugiés ou de déplacés auto-organisés ; de type Jungles),
  • Les zones d'autonomie temporaire (campements auto-gérés ; de type ZADs),
  • Les nouvelles formes d'occupation infra-urbaine (lieux publics ou privés illicites ; de type Squats).


Au delà des motifs d'émergence qui les distinguent, comment ces nouvelles formes d'habiter le territoire rendent-elles compte d'un nouvel état du monde sinon d'une possible recomposition d'alternatives ? Quelles méthodologies spontanées participent à l'élaboration de structures communes ? Comment à travers elles, s'organisent de nouvelles formes hétérodoxes d'économie ? Enfin, de quelle manière ces figures performatives d'altérité radicale, comme autant de territoires indisciplinés, invitent-elles à repenser les
logiques hégémoniques des formes urbaines ?

Si cette recherche entend éclairer l'articulation spatiale et politique des géographies invisibles, ses perspectives relèvent d'ordres multiples :

Quel régime attentionnel complexe et méconnu observe-t'on entre une ville et ses délaissés ? De quelle manière la polarisation de la production urbaine contemporaine serait-elle en partie contredite par ces dynamiques d'interaction réciproque ? Comment rendre compte des potentiels ignorés de cette co-production, à l'interface des territoires en marge et de ceux dont ils seraient le ban, la contre-performance ou la fiction ?
Aussi, à quels déplacements épistémologiques cela nous convoque-t-il ? Comment interroger l'émergence d'une nouvelle scène architecturale, à l'endroit premier de sa dépendance à la commande institutionnelle – sa vacance – mais plus encore à l'endroit de son statut et de la redéfinition de son contrat social et politique ?

Enfin, au droit des situations de crises protéiformes que nous traversons, comment refonder un nouvel appareillage de pensée et d'outils méthodologiques ? Quels nouveaux instruments de pensée et de création accompagnent ces processus de réaffirmation de l'hospitalité, dans la convocation d'un autre récit possible, d’un autre devenir, d’une autre temporalité ?

Il y a là des agencements indisciplinés, des recompositions collectives, des formations singulières, qui se construisent dans et par l'espace, et dans le temps. Ce sont des circulations qui se déploient entre un territoire occupé et ce qui l'environne, entre une marge et ce à quoi elle oppose un revers, propose un autre possible. Ces circulations ne sont pas exemptes d'altérations, de frictions, voire de conflictualités. Mais elles fabriquent un en-commun nouveau. Un nouveau peuplement.

Si ces phénomènes d'occupation entrent en conversation, d'une zone à défendre à la Jungle de Calais, ce n'est pas tant parce que les mots ont circulé de Calais à Notre-Dame-des-Landes - d'une Lande à une autre - mais aussi parce que se rejoue, à distance, un défi de réinvention d’une communauté politique.