Séance 4 : 24 octobre 2013 : "Les Lieux de la création" (séminaire « Enseigner l’invention et la création dans les arts et les techniques »)

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Séance 4 : 24 octobre 2013 : "Les Lieux de la création" 

Séminaire du Labex Créations, arts, patrimoines (CAP) « Enseigner l’invention et la création dans les arts et les techniques » - mai 2013 à décembre 2014

Partenaires : Université Paris I (HICSA), EHESS (CRAL), Bibliothèque Kandinsky (Centre George Pompidou), UMR AUSser (deux axes de l’UMR participent à ce séminaire l’axe transversal « Architecture et culture technique » et l’axe « Architecture, diffusion, transmission, enseignement »)

Organisateurs : Karine Bomel, Guy Lambert, Eléonore Marantz, Valérie Nègre, Nadia Podzemskaia, Stéphanie Rivoire, Estelle Thibault

Lieu : INHA-Paris I

Résumé des interventions et présentation des intervenants :

  • Andrea LEERS : "Regards croisés entre les échelles, les cultures et les disciplines – une méthode d’apprentissage de l’architecture, du paysage et de l’urbanisme"

Cette communication retrace l’expérience de trois workshops qu’Andrea Leers a organisés entre 2009 et 2011, dans le cadre de l’enseignement qu’elle dispense à la Harvard Graduate School of Design. Ces trois workshops prenaient comme matrice d’étude l’Opération Campus, lancée en France en 2008-2009 dans le but de rendre l’enseignement supérieur plus compétitif et de créer douze nouveaux campus. Cherchant à satisfaire un urgent besoin d’espaces dédiés aux activités d’enseignement et de recherche universitaires dans Paris, la construction ou le développement de plusieurs nouveaux campus avaient en effet été proposés à la périphérie, plus ou moins lointaine selon les cas, de la ville : à Aubervilliers, à Saclay-Orsay et à Palaiseau-Saclay. Le but du travail qu’Andrea Leers a conduit avec ses étudiants était bien de rechercher un nouveau modèle de campus et d’architecture universitaire dans le contexte particulier de la banlieue parisienne. Leurs réflexions ont été nourries par les échanges avec les universitaires et des professionnels responsables de l’Opération Campus, grâce à l’aide du professeur Antoine Picon, collègue d’Andrea Leers à Harvard. En permettant de se concentrer sur la conception du campus dans la culture française, ces études offrent l’occasion de réfléchir sur la continuité existant entre l’architecture, le paysage, et l’urbanisme. Elles permettent aussi d’apprécier le bénéfice qu’il y a à croiser échelles, cultures et disciplines dans l’enseignement de la conception. En effet, après une étude historique sur l’architecture et l’urbanisme universitaires en France et en Europe, le premier atelier a consisté à appréhender le futur Campus Condorcet à Aubervilliers comme une fédération d’écoles et d’universités dédiées aux Sciences humaines. Le deuxième s’est attaché au campus de Paris-Orsay, qui avait pour vocation de réunir plusieurs écoles techniques sur le Plateau de Saclay. Le troisième s’est concentré sur le Campus Palaiseau réunissant, lui aussi sur la commune de Saclay, autour de l’École Polytechnique, d’autres grandes écoles et entreprises. Le niveau des étudiants ayant participé à ces workshops était un niveau avancé de Master. Ils étaient de différentes nationalités et spécialités (architectes, urbanistes, paysagistes). Parallèlement aux sessions de travail collectif, ils ont conduits des recherches personnelles sur un sujet lié au projet de campus sur lequel ils travaillaient. Ces ateliers se sont déroulés sur un semestre, soit quatorze semaines : deux semaines d'analyse du site et d’études historiques nourries par des conférences et des lectures ; deux semaines d’esquisse à l’échelle du site, coïncidant aussi avec le début de la recherche personnelle ; une semaine de visite à Paris pour étudier le contexte ; deux semaines dédiées à la finalisation de l'esquisse et au début de l'étude d’un bâtiment à plus grande échelle ; sept semaines de développement du projet à l'échelle du bâtiment, révision de l'échelle du site. Cette phase coïncidait aussi avec la fin de la recherche personnelle conduite par les étudiants. Au-delà du récit, cette expérience permet d’expliciter, à l’aune d’une pratique actuelle et personnelle d’enseignant, comment peut-être envisagé l’enseignement de la conception. En l’occurrence, l’accent en mis sur la nécessité à savoir guider plutôt qu'à transmettre un ensemble de connaissances. Les compétences et les techniques spécifiques étant envisagées comme des conséquences de ce processus. La conception en studio/atelier apparaît ainsi comme un mélange complexe entre l'inspiration individuelle et l'expérimentation d'idées à travers la conversation, les échanges et la collaboration entre professeurs et étudiants. L'environnement de l’atelier offre de bonnes conditions pour permettre la découverte. Au terme de cette réflexion, trois éléments semblent

importants pour enseigner efficacement la conception : définir les objectifs pédagogiques ; choisir un bon sujet, un contexte et une méthodologie qui permettent la poursuite des objectifs pédagogiques ; donner une structure au procédé qui soutient la créativité.

Architecte diplômée de l’Université de Philadelphie, Andrea Leers est l’auteur d’une quarantaine d’édifices. L’agence d’architecture Leers & Weinzapfel, qu’elle a fondée en 1982 à Boston avec Jane Weinzapfel et qu’elle dirige, a notamment construit des palais de justice, des centres culturels, des centres communautaires et des bâtiments d’ensgigneleft (Made to Measure: the Work of Leers Weinzapfel Associates, Princeton Architectural Press, 2011, http://www.lwa-architects.com). Au cours de sa carrière, elle a reçu plus d’une soixantaine de distinctions dont, en 2007 le prestigieux Firm Award de l’American Institute of Architects. Membre de plusieurs commissions sur le renouvellement de l’architecture judiciaire, elle a participé à de nombreux jurys de concours. Auteur de plusieurs contributions et articles sur l’architecture, elle a été professeur invité à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne en 2007, et a organisé avec Christine Mengin le colloque « L’architecture du palais de justice : une rétrospective franco-américaine, 1991-2006 » (INHA, 2009). Elle a enseigné à Yale, à Penn, à l’Université de Virginie, à Tokyo et à Taiwan. De 2001 à 2011, elle a été professeur associé d’Urban design à la Harvard Graduate School of Design. Elle a notamment organisé des « studios » pour ses étudiants sur le projet de TGI de Paris et sur le campus Condorcet.

  • Renaud D’ENFERT : "Dedans, dehors... Cadres matériels et pratiques pédagogiques de l'enseignement du dessin au XIXe siècle"

L’objet de cet exposé est de caractériser les lieux et les cadres matériels (bâtiments, mobilier, matériel, etc.) de l’enseignement dispensé dans les écoles de dessin de la première moitié du XIXe siècle, ainsi que les pratiques d’enseignement et d’apprentissage – et plus généralement les dispositifs d’enseignement – qui leur sont associés. Il s’agira notamment d’élargir le regard au-delà de la salle de cours ou de l’amphithéâtre en portant aussi l’attention sur les espaces et modalités de formation hors les murs des établissements ainsi que sur leur articulation avec les enseignements prodigués « à l’intérieur ».

Après avoir été maître de conférences HDR en histoire des sciences à l’université de Cergy- Pontoise (Institut d’éducation) et membre du Groupe d’histoire et diffusion d’Orsay (EST - EA1610), Renaud d’Enfert est depuis 2015 professeur en histoire de l’éducation à l’université de Picardie Jules V erne et membre du CURAPP-ESS (UMR 7319). Ses recherches portent principalement sur l’histoire de l’enseignement « populaire » des mathématiques et du dessin, en France, aux XIXe et XXe siècles. Il travaille actuellement sur l’offre locale d’enseignement mathématique et graphique dans les deux premiers tiers du XIXe siècle, en portant une attention particulière à la pluriactivité des enseignants et à la circulation des savoirs et des pratiques que celle-ci est susceptible d’engendrer. Il a notamment publié : L’enseignement du dessin en France. Figure humaine et dessin géométrique (1750-1850), Paris, Belin, 2003;Espaces de l’enseignement scientifique et technique. Acteurs, savoirs, institutions, XVIIe-XXe siècles, Paris, Hermann, 2011 (avec V. Fonteneau).

  • Michel APHESBERO : "Teaching as art. The History of an Unsettled Studio (1989 – 2013)"

Teaching as Art retrace et analyse l'expérience pédagogique et artistique de l’atelier « Pensée Nomade, Chose Imprimée » (PNCI) menée par Michel Aphesbero et Danielle Colomine (4 Taxis) avec Jean Calens depuis l’Ecole des beaux-arts de Bordeaux entre 1989 et 2013. Pendant près de vingt-cinq ans, PNCI a obstinément cherché à réinventer les conditions et les modalités tant de l’enseignement de l’art que de la pratique artistique, à partir de l’héritage mêlé de la contre culture, de l’Internationale Situationniste, de la « French Theory », de Kippenberger, de Walter Benjamin, de la revue Emigre ou des savoirs locaux du sud-ouest. Le livre présenté dans cette communication refait l’itinéraire suivi par l’atelier PNCI de Séville à Oaxaca, Los Angeles, Figueras, Barcelone, New York, Bruxelles, Rome, Naples, Ibiza ou Buenos Aires. Il raconte l’utopie émancipatrice d’un enseignement artistique à la fois hyper-mobile et ultra-local, selon lequel le savoir se grappille, en premier lieu, sur le bord des routes. Il s’agit de présenter l’ensemble des prolongements éditoriaux donnés aux différents ateliers de PNCI depuis 1989 et les contributions nouvelles de plusieurs compagnons de route (Thomas Lawson, Pedro G. Romero, Ralph Rugoff) ou héritiers des principes pédagogiques et artistiques développés par PNCI (Yann Chateigné et Lili Reynaud Dewar), qui partagent avec les protagonistes de PNCI, l'ambition que l'éducation artistique, en dépit de son institutionnalisation croissante, offre aux étudiants des conditions renouvelées pour penser autrement, échapper au poids des traditions accumulées et renoncer aux catégories reçues.

Michel Aphesbero, artiste et enseignant à l'École des beaux-arts de Bordeaux est un « graphiste, trafiquant d'idées ». Il est le créateur, avec Danielle Colomine, de la revue 4 Taxis "magazine de la cambrousse internationale", une revue d'artistes inclassable, devenue style de vie, à l’origine de multiples activités artistiques, mêlant édition, événements ou installations in-situ et enseignement. 4 Taxis a arpenté quelques villes du monde (Berlin, Barcelone, Los Angeles, Madrid, Sao Paulo, New York, Rome, Séville) posant, au gré de ses séjours, les bases d'une construction mentale échappant aujourd'hui à la seule forme de la revue. Cette expérience a donné naissance à l'atelier « Pensée nomade, chose imprimée », 1989-2013. 

Télécharger la synthèse : Séminaire Enseigner l’invention et la création dans les arts et les techniques (mai 2013-décembre 2014)