L’Observatoire photographique du paysage. Des paysages photographiés : ou la représentation du territoire en projet

Thèse en cours
Type de doctorat: 
Doctorat en formation initiale
Année de début de la thèse : 
2013
Directeur de recherche : 
Discipline: 
Architecture
Equipe de recherche : 
Université : 

Cette recherche s’intéresse aux modalités de production et d’usages des représentations photographiques du territoire dans le cadre des pratiques de projet en aménagement. Les représentations y sont envisagées comme des agents actifs de la fabrique territoriale, qui façonnent des imaginaires et modèlent des manières et des moyens de projeter les évolutions des espaces habités. Les pouvoirs publics, les architectes, les ingénieurs s’emparent du médium dès ses premières heures pour documenter les situations avant, pendant ou après leurs opérations de transformations. Nous héritons ainsi d’une histoire de la représentation des territoires qui exprime une coévolution entre les pratiques photographiques et les pratiques aménagistes. Depuis la fin des années 1980, des travaux photographiques réalisés dans le cadre de projets d’aménagement se voient ajouter à leurs objectifs documentaires et communicationnels des visées de production de savoirs sur les évolutions territoriales. Avec la préoccupation paysagère qui bouscule alors les logiques aménagistes, c’est une nouvelle forme de prospective qui est expérimentée, soutenue par l’idée que le projet photographique, fruit du regard pensant et sensible de l’artiste, aide à voir et à comprendre, et plus encore, contribue à une invention sans cesse renouvelée du paysage. Le programme de l’Observatoire photographique du paysage (OPP), créé au tournant des années 1990 par le ministère chargé de l’environnement, tente avec méthode de mettre en œuvre la rencontre de l’aménageur et de l’artiste autour du paysage. Fondé sur le principe du suivi renseigné des évolutions paysagères au moyen d’un protocole de reprise de vue, il vise à articuler visées techniques des uns et visées esthétiques des autres pour produire des représentations envisagées comme des outils d’aide à l’analyse et à l’action territoriale.

L’observation photographique des paysages est aujourd’hui une pratique couramment usitée par les collectivités et acteurs divers des territoires (Parcs naturels régionaux, Grands sites de France, CAUE, communautés de communes, etc.). Mais c’est seulement au prix d’un changement de paradigme, de celui de l’art à celui de l’ingénierie territoriale, que le dispositif semble avoir intégré les domaines politiques et techniques de l’aménagement. Cette intégration aux impératifs technicistes, qui bien souvent évince l’hypothèse de la rencontre interdisciplinaire, est qui plus est paradoxale puisque les démarches ne semblent que difficilement satisfaire à leur ambition d’outillage de gestion et de planification territoriale. La présente enquête vise à éclairer ce paradoxe au moyen d’une opération de reconstitution de l’itinéraire politique, culturel et conceptuel de cette expérience inédite de mise en mémoire et de mise en projet du paysage. Cette opération envisage l’Observatoire à la fois comme produit de l’action publique et en tant que dispositif de représentation. À travers une enquête historienne et critique du projet – sa genèse, sa conception, ses usages et ses usures, ainsi que ses transformations récentes –, nous proposons une déconstruction de la fabrique visuelle et iconographique des territoires. L’Observatoire, remis dans son contexte, profite ainsi d’une mise en perspective qui éclaire ses conditions contemporaines ; et l’image, étudiée avec ses conditions et ses objectifs de production, se révèle en tant que processus et épaisseur heuristique, esthétique et idéologique. Par ailleurs, dans un moment de refondation urgente de nos rapports à l’espace et au vivant, cette enquête propose des jalons pour une réévaluation de l’idée de paysage, et considère l’expression artistique et esthétique de notre environnement, au-delà du cadre de l’art, comme substance et matière de la fabrique territoriale.

MOTS-CLÉS : Photographie, aménagement, territoire, paysage, politique, observation, regard, visibilité, dispositif, esthétique.